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Amsterdam Janvier 2010

Depuis longtemps, nous rêvions d’aller à Amsterdam voir les chefs d’œuvre du Rijksmuseum.
Camille, ma cousine conférencière, a réservé un droit de parole au musée, et a préparé une conférence tout spécialement pour nous. Et nous nous sommes retrouvés là-bas : Emma, Sylvie, Olivier, Alexia et ses deux sœurs, Didier, Florence, Antoine, Véronique, Martine, Danièle, Yvette, Myriam, Gérard, Hélène, José, Camille et moi. C’était chouette.
Au nom de la Tolérance, qui m’est si chère, de plus en plus chère au cœur, les Calvinistes ont interdit en Hollande, au XVIIè siècle, le Siècle d’Or, tous les tableaux religieux. Aussi les peintres ont-ils eu recours aux symboles pour représenter l’Eucharistie, la Croix, Adam et Eve, ou les âges de la Vie.
Observez le tableau de Floris Van Dijck (1575-1651), « Nature morte avec fruits ».

A gauche, le raisin pour le vin, le sang du Christ ; à droite le pain, pour l’hostie, le corps du Christ. C’est l’Eucharistie. Au centre, des noix, symbole ternaire (coque, peau et fruit), dont la pellicule interne est disposée en forme de croix. Les pommes évoquent le péché originel. Les fromages, représentés à trois stades d’étuve, signifient les trois âges de la Vie. Le couteau rappelle que notre existence ne tient qu’à un fil. Le verre à moitié plein, la pomme coupée en deux, le pain et la noix à demi-consommés : le tableau est aussi une vanité. L’assiette est d’ailleurs au bord de la table et finira par tomber... A l’arrière-plan, des verres vides et des miettes : c’est la mort. Et la poire ? J’ai oublié !

Tableau de Willem Claesz Heda (1594-1680), « Nature morte au gobelet ».
Voici un texte du peintre Eugène Fromentin, de la part de Camille :
Eugène Fromentin (1820-1876) Peintre et écrivain du XIX°S. (in Les maîtres d’autrefois, 1876).
« Jamais pays ne plaça ses artistes dans une alternative aussi singulière et ne les contraignit plus expressément à être des hommes originaux sous peine de ne pas être. […] Avec des traditions rompues, un culte sans images, il lui fallut trouver un art qui le représenta. La peinture hollandaise ne fut et ne pouvait être que le portrait de la Hollande, son image extérieure, fidèle, exacte, complète, ressemblante, sans nul embellissement.
[…] Si l’on fait exception de Rembrandt […], vous n’apercevrez qu’un style et qu’une méthode dans les ateliers de la Hollande. Le but est d’imiter ce qui est, de faire aimer ce qu’on imite, d’exprimer nettement des sensations simples, vives et justes. Le style aura donc la simplicité et la clarté du principe. Il a pour loi d’être sincère, pour obligation d’être véridique. […]
Toute peinture hollandaise est reconnaissable extérieurement à quelques signes très particuliers. Elle est de petit format, de couleur puissante et sobre, d’effet concentré, en quelque sorte concentrique. C’est une peinture qui se fait avec application, avec ordre, qui dénote une main posée, le travail assis, qui suppose un parfait recueillement et qui l’inspire à ceux qui l’étudient.
Aucune peinture ne donne une idée plus nette de cette triple et silencieuse opération : sentir, réfléchir et exprimer. Aucune n’est également plus condensée, parce qu’aucune ne renferme plus de choses en aussi peu d’espace et n’est obligée de dire autant en un si petit cadre. Tout y prend par cela même une forme plus précise, plus concise, une densité plus grande ».
Dessin de Rembrandt Harmensz Van Rijn (1606-1669), « Le coquillage »

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